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29 juin 2020

L’économie en symbiose

La crise actuelle, qui se révèle à la fois sanitaire, environnementale, économique et sociale, invite à une prise de conscience globale : il est plus que jamais urgent de changer de modèle en profondeur. Et pour cela, poser les bases d’une économie à la fois régénérative, collaborative, résiliente ; en symbiose. Les entrepreneurs engagés y œuvrent. Transposer le terme de « symbiose », issu du monde de la biologie, sur le territoire de l’économie est porteur de sens. « C’est évidemment un rappel à l’impérieux besoin de recréer du lien avec le monde du vivant, de l’intégrer au sein de nos vies, de nos communautés sociales, de la ville, de nos équilibres socio-économiques », explique Isabelle Delannoy, environnementaliste, théoricienne du concept d’ « économie symbiotique » (voir interview ci-dessous). C’est également un levier puissant pour appréhender les enjeux écologiques dans un cadre plus vaste que les seuls impacts environnementaux. « Fondamentalement, ce concept fait écho à tous ces entrepreneurs engagés qui travaillent certes sur la notion de ressources durables, mais qui recherchent aussi un impact sur plusieurs aspects au sein de tous leurs écosystèmes, rappelle Marlène Fargues, en charge du financement des entreprises solidaires chez France Active. C’est-à-dire en arrivant à se développer de manière harmonieuse avec leurs territoires, leurs environnements, leurs parties prenantes internes, leurs partenaires, etc. » Les fermes Paysan urbain, déployées d’abord en Ile-de-France et depuis 2018 à Marseille, avec le soutien de France Active, répondent à toutes ces dimensions. Son président, Guillaume Morel-Chevillet le confirme : « L’agriculture urbaine répond à un premier enjeu de production alimentaire. Mais pour des fermes comme les nôtres, intra-urbaines, donc sur de petites parcelles, cette vertu reste limitée. nous visons aussi un autre aspect : celui d’introduire une nouvelle expérience de nature en ville, avec des aménagements paysagers ouverts à tous. Nous permettons aux habitants de changer de relation à la nature. Enfin, certes notre action écologique est importante, mais notre mission est aussi plus vaste. En tant que Chantier d’insertion, hébergé par les Compagnons d’Auteuil, notre vocation est sociale. Fournisseur des restaurants locaux, nous sommes un acteur économique du quartier. » Des modèles plus collaboratifs et résilients Cette multidimensionnalité est aussi essentielle pour consolider de nouveaux modèles qui explorent des voies inédites et en sont à leurs prémices. « Ce que nous proposons est encore nouveau. Comme beaucoup de projets d’agriculture urbaine, nous n’avons pas encore trouvé pleinement notre maturité économique et restons dépendants des subventions, poursuit Guillaume Morel-Chevillet. Mais en étant ouverts à nos écosystèmes locaux, en recherchant un impact pluriel, nous nous ouvrons aussi à plus de souplesse et d’adaptation. Ainsi, nous travaillons actuellement à développer les ventes aux particuliers et à diversifier nos productions, en visant toujours plus de synergies avec notre quartier. » L’une des vertus de la symbiose est, en effet, de créer une ouverture positive, une interdépendance vertueuse entre tous les acteurs. « Ce terme d’“interdépendance” n’est pas à percevoir comme quelque chose de dangereux pour une structure, commente Grégory Fauveau, responsable du pôle Économie Circulaire et Déchets à l’ADEME Ile-de-France. Je pense par exemple à ce producteur de champignons parisien, “La Boîte à Champignons”, que nous avons soutenu à l’ADEME. Il utilise dans son substrat à la fois des résidus de la brasserie voisine, du marc de cafés des bistrots locaux et même des cartons de l’entreprise d’insertion de déménagement à proximité. Nous sommes évidemment dans le cercle vertueux de l’économie circulaire mais aussi dans une nouvelle manière de collaborer un peu plus en réseau avec les acteurs économiques, les territoires, les acteurs sociaux. Chacun se soutient mutuellement. C’est un bel organisme vivant qui voit le jour, fondé sur un nouveau mode de relation où ils ne sont pas des concurrents mais véritables partenaires. Ils sont plus forts et résistants ensemble. » Vers des ressources d’avenir S’intégrer de manière équilibrée et dynamique dans son écosystème, c’est aussi en réinterroger les ressources potentielles – ouvrant alors la voie à des innovations permettant de réels sauts techniques et d’usages. C’est le cas de l’entreprise SAS Minimum, implantée à Pantin, qui a conçu un matériau de construction inédit – « Le Pavé » – produit grâce à du plastique recyclé. « Nous voulions sortir de la boucle qui consiste à recycler une bouteille en plastique en une autre bouteille en plastique, qui a une durée de vie de quelques minutes et redevient très vite un déchet, explique Marius Hamelot, son président. En créant un matériau pour le BTP, nous proposons une alternative massive qui s’inscrit dans le long terme et dans les circuits courts en minimisant les transports entre le gisement de déchets (la ville principalement), son lieu de recyclage (les lignes industrielles que nous montons) et leur utilisation (par les acteurs du BTP) . » Mais un tel changement de perspective impose de créer de toutes pièces une nouvelle filière et de nouveaux modes de production : « Cela nécessite de gros investissements industriels et la mise en place de protocoles de recyclage. Il faut aussi réussir à introduire son matériau dans le secteur du bâtiment qui n’en a pas l’habitude et donc aller au contact des artisans, etc. » Autant de verrous financiers, techniques, normatifs, culturels qui doivent être dépassés pour devenir un vrai levier de transformation en profondeur. « Pour cela, l’économie en symbiose est essentielle, complète Marius Hamelot. C’est-à-dire les coopérations basées sur la transparence avec des acteurs partenaires, de taille équilibrée, pour poser les premières collaborations, les premiers marchés, les premiers tests produits… mais aussi le soutien financier d’acteurs tels que France Active qui ont investi dans le projet, créant une chaîne de confiance auprès d’autres financeurs et lui ont permis de changer d’échelle. » Même dynamique chez la jeune société ÉcoMégot, accompagnée également par France Active. Cette entreprise a en ligne de mire un déchet, certes commun et anodin en apparence, mais qui s’avère particulièrement toxique et polluant : le mégot de cigarette. Et ce, en l’attaquant sur tous les fronts : via la collecte, grâce à la conception et l’installation de mobilier urbain, la valorisation en combustibles pour les cimenteries locales – permettant de diminuer leur consommation d’énergies fossiles – et, nouveauté, le recyclage : « une innovation que nous venons de rendre possible grâce à notre travail avec des laboratoires, explique Sandrine Poilpré, sa co-fondatrice. Au départ, c’était quasiment une page blanche. Il existait certes quelques acteurs sur ce segment du mégot, mais surtout associatifs et axés sur la sensibilisation. Nous, nous avons fait le choix de l’innovation pour trouver des techniques globales de recyclage. Et c’est en nous appuyant sur une multiplicité d’acteurs territoriaux différents – collectivités, entreprises, associations et partenaires tels que France Active –, que nous avons posé peu à peu les bases d’un vrai modèle pérenne, viable et qui essaime. D’ailleurs l’un de nos prochains défis est de repousser nos frontières et de nous implanter en Europe. » Preuve que l’on peut viser économie circulaire, respect des équilibres, innovation et croissance durable. Pour voir plus grand, accompagner plus largement « N’oublions pas, néanmoins, que quand on propose de nouveaux modèles de coopération ou de production, on se heurte fréquemment à des cadres préexistants – financiers, réglementaires, juridiques, organisationnels… – qui n’ont pas été pensés pour nous. Beaucoup reste à inventer », rebondit Sylvain Péchoux, co-gérant de la couveuse coopérative d’activités agricoles, Les Champs des Possibles (voir encadré « Boîte à outils »). D’où un nécessaire accompagnement – lui-même ouvert, hybride, pensé en réseau, multipliant les approches et les échelles. « Chez France Active, nous savons bien que ces entrepreneurs engagés dans l’économie en symbiose sont les plus innovants car ils mixent les approches et les impacts. Tout l’enjeu est de leur permettre de sortir de l’initiative unique pour voir plus large et faire écosystème », explique Marlène Fargues. France Active compte alors sur la force de son réseau, qui permet à la fois d’identifier des projets sur tous les territoires, de les connecter entre eux et d’apporter une cohérence nationale. « Cette dynamique multidimensionnelle s’exprime tout particulièrement dans notre Fonds d’amorçage – où nous accompagnons financièrement et dans la construction de leurs business models les projets les plus innovants. Et pour encourager les projets à même de développer des impacts autant écologiques, qu’économiques et sociaux, nous sommes actuellement en train de travailler à une formalisation plus forte de notre offre de connexion, pour intensifier le partage d’expériences et les créations de liens – en d’autres termes, les dynamiques symbiotiques vertueuses… »
  • 4,6 tonnes de déchetsproduites par habitant (ADEME)
  • 227,5 millions de tonnespar an par le secteur du BTP, le plus gros producteur de déchets en France. (ADEME)
  • 10 milliards de mégots de cigarettejetés dans la nature chaque jour dans le monde représentant 40 % des déchets maritimes Une cigarette dans l’eau = 500 litres pollués (OMS)
  • 800 000 emploisgénérés par l’économie circulaire en France. Les activités de réparation des produits usagés, de réutilisation ou de recyclage génèrent 25 fois plus d’emplois que la mise en décharge de ces déchets. (Ministère de la transition écologique et solidaire)

L’agriculture en réseau

Proposer une organisation à la fois durable, résiliente et productive, c’est l’objectif de la couveuse coopérative d’activités agricoles, Les Champs des Possibles, basée à Montreuil. Constituée en société coopérative d’intérêt collectif, elle regroupe à la fois des paysans, des artisans, des salariés de la structure, des partenaires de distribution, des collectivités territoriales, des citoyens engagés… En bref, tous les acteurs de la chaîne alimentaire agissant en synergies. Mutualisant les risques, les investissements et le matériel et offrant la possibilité de diversifier ses activités, ce modèle est un tremplin pour l’entrepreneuriat collectif et la création d’activité. Cette dynamique en symbiose se diffuse peu à peu grâce à la création du Réseau national des espaces tests agricoles (RENETA) qui compte actuellement 70 structures en France et en Belgique.

3 questions à Isabelle Delannoy, Environnementaliste, théoricienne du concept d’économie symbiotique

Que recouvre la notion d’économie symbiotique ? Ce concept décrit une économie régénérative de ses ressources : vivantes avec la permaculture, l’inscription de l’ingénierie écologique dans l’urbanisme ou l’agroécologie ; sociales avec les réseaux d’économie sociale et solidaire, d’économie collaborative, etc. ; et matérielles avec l’économie circulaire et de l’usage. Plus elles sont associées, plus une économie partagée et venant du local se développe. Ce n’est surtout pas une économie des petits contre les grands – nous avons besoin de tous. Elle n’est pas non plus synonyme de repli sur soi – ne confondons pas autonomie et autarcie. Elle ne propose pas non plus de recettes miracles – elle accouche peu à peu d’un monde avec humilité. En quoi peut-elle représenter un levier économique puissant ? Relier les écosystèmes sociaux, industriels, territoriaux, etc., met en place des mécaniques d’échanges vertueuses qui génèrent du chiffre d’affaires. Ce n’est pas parce que c’est doux, que ce n’est pas puissant. Ce n’est pas parce que c’est beau, que ce n’est pas efficace. Ce n’est pas parce que c’est écologique que ce n’est pas économique. Toutes ces oppositions dans un système dit “extractif” s’annulent dans une économie régénérative. Qu’est ce qui manque pour vraiment faire système ? Aujourd’hui, nous devons faire culture. Tout d’abord, en multipliant les lieux de rassemblement et de mutualisation de tous ces écosystèmes régénérateurs (fablabs, jardins partagés, tiers lieux, etc.) mais aussi les initiatives locales à même de créer les synergies. Mais surtout, nous avons besoin de financeurs et d’outils de financements adaptés à cette économie très mixte ainsi que de méthodes et d’évaluations. Dans cette optique, nous sommes en train de créer une chaire d’économie régénérative au CNAM, mettant en oeuvre les principes de l’économie symbiotique. Découvrir tout Walter #23
7 mai 2020

Penser l’après Covid-19 : Agir pour le bien commun

  Après la crise du COVID-19, comment faire perdurer l’esprit collectif de solidarité ? Quelle économie construire, avec quelle place pour les entrepreneurs engagés ? Comment se réapproprier nos territoires et le sens du commun ? Pour répondre à ces questions, France Active a convié le sociologue Jean Viard et son président d’honneur Claude Alphandéry à dialoguer en vidéo. https://vimeo.com/415467384

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2 avril 2020

Bienvenue en silver ESS

La population vieillit, c’est un fait. Mais sommes-nous préparés à cette nouvelle donne démographique ? Accompagnement, lien social, prévention, gestion de la perte d’autonomie, dignité des conditions de vie… Le secteur du grand âge doit évoluer – tant quantitativement que qualitativement. Les entrepreneurs engagés sont à la pointe de cette transformation.

L’espérance de vie progresse, tandis que les premières générations de baby-boomers dépassent les 75 ans. Cette donnée démographique en cache une autre, plus problématique. Car si l’espérance de vie en France est l’une des plus élevées d’Europe, ce n’est pas le cas de l’espérance de vie en bonne santé et le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie ne cesse de croître. Ce qui représente un enjeu sociétal d’envergure, résumé ainsi par le rapport Libault, « Grand âge : le temps d’agir », remis au gouvernement en mars 2019 : « La France fait face à une double exigence : affronter la réalité démographique de la hausse du nombre de personnes âgées dépendantes, qui outre un effort financier nécessite de faire évoluer le regard sur le grand âge, mais également faire évoluer l’offre proposée, le modèle actuel semblant à bout de souffle. »

La nécessité d’une alternative

De quel modèle à bout de souffle parle-t-on ? Celui, principalement, des Ehpad qui a largement augmenté sa capacité d’accueil depuis dix ans. Mais sans pouvoir répondre à tous les enjeux de la perte d’autonomie – notamment pour les personnes les plus dépendantes –, ni aux attentes d’une prise en charge globale de la personne, requérant qualité d’accompagnement, lien social et adaptation réelle aux besoins des seniors et de leurs proches. Cette solution, souvent lourde économiquement pour les familles, est la plupart du temps choisie par défaut. Les Français déclarent très majoritairement vouloir rester chez eux le plus longtemps possible. Autre indicateur de perte de vitesse : les principaux métiers du grand âge n’attirent plus, alors même que le secteur devrait recruter près de 93 000 personnes supplémentaires d’ici 2024, comme le rappelle le récent rapport El Khomri sur le sujet.
Face à ce modèle dominant, quelles autres solutions ? Romain Ganneau, responsable des Initiatives sociales chez AG2R La Mondiale met en garde contre les innovations technologiques qui sembleraient séduisantes mais qui ne répondent pas aux réels besoins d’alternatives : « Aujourd’hui en France, pour répondre à la problématique du maintien à domicile, on a près de 300 projets et stratups sur le créneau de la détection des chutes. Pourtant, peu obtienne l’adhésion des seniors. Pourquoi ? Ils ne sont pas en phase avec les usages. Il faut avoir une vue beaucoup plus globale et ne pas imposer une solution toute faite. L’expérience le montre : il faut laisser le choix. Le vieillissement de la population n’est pas qu’une problématique économique, c’est un sujet de société. Ce qui signifie qu’il faut s’interroger réellement sur les envies des gens et co-construire les solutions avec eux. »

La voie sociale et solidaire

Dans cette nécessité de changement de modèle, les acteurs de l’ESS ont pleinement leur rôle à jouer. Marie-Gabrielle Lannegrace, chargée d’investissement solidaire chez France Active, le confirme : « Le bien vieillir est évidemment une opportunité pour les entrepreneurs engagés de se développer sur un nouveau marché, mais aussi de le faire avec les valeurs propres de l’économie sociale et solidaire. À savoir la recherche d’une accessibilité pour tous – et notamment d’un point de vue tarifaire –, un très bon ancrage territorial pour une réponse au plus près des bénéficiaires, une forme de gouvernance propice aux co-constructions avec toutes les parties prenantes – qu’il s’agisse des usagers eux-mêmes mais aussi des proches aidants et des professionnels. Tous ces éléments sont porteurs d’innovations sociales. »
Cette dynamique, le Groupe Associatif Siel Bleu, soutenu par France Active Alsace, la met en pratique depuis plus de 22 ans. Son ambition : faire de l’activité physique un outil d’accompagnement global des personnes en fragilité sociale, cognitive et physique. « Notre premier public était les seniors, car nous étions exaspérés d’entendre parler d’eux comme un coût, et non comme des personnes dont on doit prendre soin », explique Jean-Michel Ricard, l’un des deux fondateurs. « C’est pourquoi, dès le départ, nous avons proposé une accessibilité géographique mais aussi financière grâce à des tarifs différenciés. Car rester en bonne santé et autonome le plus longtemps possible ne doit jamais être un luxe. » Ces valeurs ont ainsi su allier pérennité économique – Siel Bleu accompagne aujourd’hui 14 0000 personnes par semaine dans toute la France et emploie 700 personnes – mais aussi innovations. Pour preuves, le Groupe Associatif a lancé une nouvelle gamme de matériel adapté 100 % made in France et co-construits avec ses bénéficiaires et ses salariés. Sa Fondation protège cette aventure basée sur la non-lucrativité et le bien commun et mène, quant à elle, des programmes de R&D pour aller toujours loin dans l’accessibilité – notamment pour accompagner des personnes âgées en prison ou à la rue et pour mieux prendre en compte la problématique des déserts médicaux.

Lever les freins à l’émergence et au changement d’échelle À la croisée des principaux enjeux du grand âge – prise en compte globale de la personne dans la gestion de la dépendance, qualité des soins, lutte contre l’isolement, accompagnement des proches aidants, etc. – se trouve une question cruciale : le lieu de vie des seniors. Pour apporter des réponses alternatives aux Ephad, de nombreux projets portés pas des entrepreneurs engagés proposent de nouvelles approches, notamment autour de la notion d’habitat partagé. Que ce soit entre des seniors et des étudiants, comme avec la plateforme de mise en relation Homiz, ou même entre seniors. C’est le cas avec la Maison des sages, soutenue par France Active Yvelines, qui a créé une colocation de huit personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, dans une maison au cœur de Sartrouville. Le principe est simple : chacun paie son loyer et dispose de sa chambre, tandis que les charges de personnel – notamment celles des professionnels de santé intervenant sur place – sont mutualisées. Les colocataires bénéficient alors d’une prise en charge beaucoup plus souple et adaptée qu’en institution. Les moments de vie sont partagés dans les grandes pièces communes et les familles sont pleinement impliquées dans le projet. Les potentiels de l’habitat inclusif sont encore énormes. La foncière Familles solidaires en témoigne. Créée il y a sept ans, elle compte déjà sept lieux de vie en Alsace et en Bretagne et deux sont en développement – ce qui représente 500 personnes accompagnées (la personne dépendante mais aussi ses aidants) et près de 150 emplois créés. « Familles solidaires a été imaginée par des personnes qui ne trouvaient pas de structure adaptée pour leur proche en situation de dépendance. Il manquait un maillon essentiel entre l’institution bien cadrée et le domicile individuel. Ce vivre ensemble, oscillant entre un “chez soi” et un “avec les autres” est une alternative qualitative. Elle offre une vraie liberté de choix », relate Bernadette Paul-Cornu, codirigeante. Convaincue par ce modèle, la structure a organisé fin 2019 un tour de table avec France Active Investissements, Ecofi, Mirova et des citoyens épargnants solidaires pour une levée de fonds de 1,55 million d’euros dont l’objectif est de prolonger le développement des projets immobiliers et accompagner le changement d’échelle. « Car tel est bien le défi : sortir de l’intervention sporadique et essaimer le modèle », poursuit Bernadette Paul-Cornu. « C’est d’ailleurs dans ce sens que nous avons lancé en 2018 un appel à projets national – #LACHPA – pour identifier des projets innovants proposés par des aidants et les faire monter en compétences dans tous les domaines – juridique, économique, vie sociale, immobilier… D’aidants, finalement, ils ont à se transformer en de véritables entrepreneurs sociaux. »

Lever les freins à l’émergence et au changement d’échelle

Comment dès lors accompagner plus massivement l’émergence et la diffusion de ces solutions sociales et solidaires? « Il faut, tout d’abord, se méfier de la “fausse bonne” idée qui n’a pas encore été développée pour de bonnes raisons », précise Marie-Gabrielle Lannegrace. « Avant de se lancer, il est essentiel de bien identifier l’existant, les acteurs de l’écosystème, les synergies possibles ainsi que les besoins non couverts. » D’où l’importance d’un accompagnement ad-hoc dans les phases de structuration du projet. Lionel Lamothe, à l’initiative de la solution d’accompagnement à la prise en charge cognitive, ExoStim le confirme : « Dès le départ, nous avons conçu cette solution sur deux bases complémentaires : l’apport du CNRS pour la solidité scientifique, mais aussi l’accès direct aux utilisateurs grâce à des mises en situation. Parallèlement, nous avons été incubés, nous avons été en pépinière, nous avons été accélérés. Nous avons donc régulièrement été challengés par des acteurs très divers. Ça nous a donné une vraie assise pour commencer et nous développer. »
Autre enjeu de taille : le morcellement de l’action. Isabelle Blaevoet, directrice des innovations sociales chez Malakoff Humanis le confirme : « D’un côté, les acteurs de l’ESS ont cette grande force d’être très ancrés dans les territoires. Mais cela concourt aussi à l’éclatement de leur offre, qui perd en lisibilité. Cela est notamment dommageable pour les aidants qui se retrouvent bien souvent dans un parcours du combattant quand il s’agit de choisir l’option la plus adaptée pour leur proche. Trouver la bonne articulation entre le local et le national, entre entrepreneurs sociaux et grands acteurs du secteur, est l’une des clés pour concilier innovation sociale et impact pérenne. »
Dans ce contexte, l’heure est à l’émergence de nouveaux modèles de sourcing et de soutien au développement. À l’instar du pôle Vivalab qui vise le repérage de projets locaux, duplicables à l’échelle nationale, et auxquels est apporté un accompagnement sur mesure (voir encadré ci-contre). « Notre volonté était de créer l’écosystème favorable et global dont a besoin un porteur de projet pour fiabiliser son innovation », explique Benjamin Leroux, de la CNAV. « Notre approche partenariale est fondamentale pour allier les approches entre le très grand et le très petit tout en jouant la complémentarité des compétences ». C’est-à-dire mixer de manière agile les ingrédients propices à une innovation qui a vocation à s’installer dans la durée. La session 2019 a permis d’accompagner des projets comme ExoStim, mais aussi Picto Access qui propose des solutions pour renforcer l’accessibilité des informations à destination des personnes âgées ou en situation de handicap. « Une telle expérience nous a apporté de la crédibilité pour aller chercher des partenariats plus globaux – comme l’ARS », rappelle le fondateur, Justin Marquant. « Être accompagnés par des acteurs forts du secteur, qui en connaissent tous les rouages, a été un vrai plus pour gagner en maturité. Car ne l’oublions pas, comme beaucoup d’entrepreneurs sociaux, nous sommes une petite structure qui cherche à répondre à de grands enjeux… »

  • 1 Français sur trois

    aura plus de 60 ans d’ici 2050 14,6 % des Français auront 75 ans et plus en 2040 – soit une hausse de 5,5 points en 25 ans (INSEE)

  • 4 personnes sur 10

    qui décèdent en France ont connu la perte d’autonomie Dont 2 de façon sévère. Et 3 ont vécu dans un établissement.
    (Rapport Libault, « Grand âge et autonomie », 2019)

  • + 22 %

    de personnes âgées dépendantes entre 2017 et 2030. + 41 % entre 2030 et 2050

  • 3,9 millions de personnes

    apportent une aide régulière à un de leur proche âgé de 60 ans ou plus vivant à domicile.
    (Drees)

Vivalab, activateur d’innovations

Vivalab est un pôle d’innovation créé en 2019 par la Cnav, en partenariat avec l’Agirc-Arrco, la CCMSA, France Active et la Banque des Territoires. Son objectif est de soutenir l’émergence et le développement d’innovations technologiques, techniques et organisationnelles pour proposer de nouvelles réponses, en complémentarité de l’aide humaine, en faveur de la prévention de la perte d’autonomie et du bien vieillir. Concrètement, les initiatives sont repérées sur les territoires via les Coordinations locales de Silver Autonomie, puis suivies par les différents acteurs de Vivalab qui proposent un accompagnement sur mesure mêlant diagnostic de l’offre et appui à la structuration, au business model, à la constitution de partenariats, à l’accélération… Les porteurs de projet les plus prometteurs peuvent ensuite être soutenus à plus grande échelle grâce à des investissements des membres et partenaires du pôle. La thématique de l’année 2020 sera le soutien à l’autonomie.
Pour en savoir plus : www.vivalab.fr

3 questions à Frédérique Garlaud, directrice nationale de l’Action sociale de la CNAV

En quoi les acteurs de l’ESS peuvent apporter une réponse pertinente aux grands enjeux du vieillissement ?
Si on veut réussir la transition démographique, il faut que toute la société s’empare de ce défi. Pas seulement les institutions ou les acteurs historiques, qui sont certes compétents, mais ne peuvent à eux seuls être au plus près des territoires et des personnes. Je pense que les entrepreneurs de l’ESS sont amenés à prendre une place prépondérante – aux côtés des acteurs traditionnels – pour générer ces changements culturels.

Quel est, selon vous, leur principal défi ?
Face à l’éparpillement de leurs initiatives, ce serait de pouvoir créer des synergies entre acteurs. Une idée excellente peut s’avérer caduque si elle ne prend pas suffisamment en compte tout son écosystème. Il y a aujourd’hui beaucoup de projets qui voient le jour, beaucoup d’émulation, mais nous avons une difficulté à identifier, détecter, accompagner, soutenir… Il y a vraiment un enjeu de création de filière et de réseau.

De quel accompagnement nécessitent-ils en priorité ?
Ils ont d’abord besoin d’agilité dans les réponses qui leur sont apportées, pour pouvoir identifier les structures les plus à mêmes de les accompagner et les relais qui peuvent se constituer. Avec l’expérience, nous nous sommes aperçus que l’accompagnement financier n’était utile que dans un second temps. Ils ont d’abord besoin de soutien dans l’ingénierie sociale, pour structurer leur modèle et le pérenniser. C’est cette philosophie que nous portons avec le Vivalab.

+ d'actus sur Walter #22
18 décembre 2019

Vers le renouveau de l’insertion ?

L’insertion par l’activité économique est un maillon essentiel de toute économie qui se veut inclusive et durable. Aujourd’hui, un changement de cap dans le secteur se fait sentir, poussé par une volonté tant politique que financière qui s’incarne dans le récent « Pacte d’Ambition ». Alors, le renouveau de l’insertion, c’est pour maintenant ? Secteur pionnier de l’économie sociale et solidaire, l’insertion par l’activité économique (IAE) s’est développée depuis 30 ans autour d’un objectif : ramener au cœur de l’économie les personnes les plus exclues et fragiles. Ce mouvement s’est opéré progressivement, souvent de manière sourde, parfois autour de moments marquants, tels que le Grenelle de l’insertion en 2007, le rapport Borello en 2018 ou encore le rapport de la Cours des Comptes début 2019. Le 10 septembre dernier, une nouvelle étape est franchie avec le « Pacte d’ambition pour l’insertion par l’activité économique », remis à la ministre du travail, Muriel Pénicaud, par Thibault Guilluy, président du Conseil de l’inclusion dans l’emploi. Dans la foulée, le gouvernement a annoncé sa volonté de faire passer le nombre de contrats en insertion à 240 000 (contre 140 000 aujourd’hui) et de débloquer 40 000 postes pour les entreprises adaptées. Cette dynamique, accompagnée d’un effort budgétaire conséquent (1,3 milliard d’euros) et d’une simplification des démarches, donne l’impulsion à un véritable changement d’échelle. Un nouveau tremplin pour le secteur ? Si ce Pacte d’ambition ne se présente pas comme une révolution, il n’en demeure pas moins une avancée très concrète pour le secteur. Tout d’abord, en proposant un développement à la fois quantitatif et qualitatif. Thibault Guilluy le rappelle : « L’IAE relie l’économique et le social. Pour intensifier ce mouvement, notre premier objectif avec le Pacte était d’y apporter un soutien massif en traduisant notre ambition en volume. Ensuite, il fallait un développement qualitatif, au-delà de l’effort budgétaire. Nous avons alors tenté valoriser le meilleur de ce qui est déjà fait et de lever les freins au changement d’échelle. Cela se traduit, par exemple, par davantage de confiance accordée aux personnes de terrain, l’adaptation de l’offre aux besoins spécifiques de chaque structure, ou encore la création d’un CDI inclusion pour les publics seniors sans solutions. » Le Pacte propose, par ailleurs, une amélioration des conditions de recrutement des personnes en insertion. En effet, là où le contrôle de l’adéquation du profil à un emploi en insertion se faisait avant embauche, le rapport préconise un rapport de confiance a priori, facilitant l’emploi, avec la possibilité d’un contrôle a posteriori. « Le fait de lever ces lourdeurs administratives ne peut que nous aider. Cette suppression de l’agrément va nous donner un second souffle », commente Yazid Boudjedia, directeur du développement du Groupe ID’EES, qui avait formulé cette proposition. « On passe du pilotage de la contrainte au pilotage de la croissance », confirme Olivier Dupuis, secrétaire général de la Fédération des entreprises d’insertion. « Cette ambition affichée part du fait que, depuis plusieurs années, on sait qu’on peut faire mieux. C’est une marche importante pour l’insertion, il y en aura plusieurs. On ne chamboule pas le secteur, mais on l’affine, on allège et on le simplifie. » Des actes attendus et reconnus L’annonce budgétaire montre également, que derrière les discours, les actes sont là. Ce que saluent les acteurs du secteur. « C’est très positif, parce que le message qu’on porte en tant qu’entrepreneurs sociaux est entendu. C’est bien d’avoir des Pactes, des préconisations…, mais l’important, c’est la concrétisation. C’est le cas aujourd’hui avec l’enveloppe budgétaire qui porte une volonté d’assouplissement et de développement de l’emploi », se félicite Ludovic Blot, directeur de Ressources T, entreprise d’insertion bretonne, spécialisée notamment dans le recyclage d’équipements électroménagers, dont 65 % des emplois sont en insertion. Pour Alexandra Miailhe, directrice générale de la SCIC Saprena :« L’État donne les moyens aux différents secteurs de l’insertion d’accompagner les personnes les plus éloignées de l’emploi ». Cette entreprise adaptée située en Loire-Atlantique emploie 370 salariés dont 66% des personnes sont en situation de handicap. « En ce qui nous concerne, l’effort est important sur la transformation des entreprises adaptées. L’État mise sur nos performances. En tant qu’acteur social, c’est fondamental, car notre rôle dans la société est reconnu. Sans nous, où iraient ces personnes ? » Aujourd’hui, les entreprises adaptées créent des emplois et proposent de construire des parcours professionnels à leurs salariés, permettant d’intégrer des entreprises dites classiques. Une autre des améliorations portées par le Pacte est remarquée : l’acteur public devra désormais se justifier quand il ne recourt pas à un contrat d’insertion. « Dans toute transaction économique, la question de l’insertion devra désormais se poser. Notre développement passe par là : si les pouvoirs publics sont exemplaires, cela “ruissèlera” sur les entreprises classiques, qui seront amenées à se réinterroger sur leur propre RSE », analyse Ludovic Blot. Financer l’ambition Si l’effort est louable, certains angles morts demeurent et des problématiques devront être résolues. Notamment dans la mise en œuvre de cette ambition et le financement des entreprises de taille intermédiaire. « Il y a une tendance à la précarisation des publics en insertion. Ce qui nous donne un chantier de fond : l’équilibre du modèle économique. Il aurait été intéressant de pouvoir activer des financements pour absorber les coûts d’encadrement », commente Julien Adda, directeur du réseau Jardin Cocagne, spécialiste des ateliers et chantiers d’insertion (ACI). La question du financement sera en effet prégnante pour poursuivre ces ambitions. Pour Ludovic Blot : « L’enjeu ici est le “hors-radar”, ceux en dessous des très gros tickets d’investissement. On va avoir besoins d’outils financiers pour les intermédiaires. Pour cela, nous sommes confiants en la capacité d’acteurs comme France Active de pouvoir nous soutenir ». Même écho chez Thibault Guilluy : « Le rôle des financeurs à impact social est fondamental pour créer un environnement stable pour le secteur et apporter des réponses adaptées à tous les types de structures. Les acteurs comme France Active peuvent accompagner au plus près les modèles économiques même fragiles, en émergence comme pour un changement d’échelle. Cela réduira le nombre de personnes qui passent encore au travers des mailles du filet. » De nouvelles perspectives Le champ ouvert par ce changement d’échelle est encore très vaste. Le secteur sera notamment confronté à la question du croisement des problématiques sociales et écologiques. Julien Adda le rappelle : « Face au contexte actuel de choc climatique, de crise sociale et de précarisation, les ACI étaient une proposition pour faire converger, via l’inclusion, toutes les problématiques, notamment la question agricole où il nous est possible agir rapidement ». La question du numérique sera également prégnante. « Les acteurs de l’insertion ont été pionniers de l’économie circulaire. Mais aujourd’hui, il faut épouser les défis actuels. La transition numérique est une opportunité et un risque pour le secteur. Comment y répondre quand une grande partie de nos salariés sont exclus de ces domaines ? Il faudra se réinventer en créant de nouveaux parcours, de nouvelles montées en compétences et donc de nouvelles employabilités », affirme Ludovic Blot. Autre axe de développement à venir essentiel : la structuration du secteur autour de l’articulation de tous les acteurs privés, publics, associatifs…. « Il est fondamental d’arrêter la redondance. Le système est déjà très riche : nous devons mettre en lien tous les types d’intervenants, avec de la fluidité. Ce qui est annoncé va dans le bon sens. Il faut l’ancrer et ne pas sauter les étapes, afin de ne pas créer de fragilités. C’est là que l’Inclusive Tour, qui mobilise des acteurs très variés pour booster l’emploi des personnes en situation de handicap dans 16 villes de France, a du sens. Et il faut prendre le temps de jauger comment on construira ensemble le secteur à l’avenir », analyse Alexandra Miailhe. Pour Thibault Guilluy, quant à lui, l’enjeu se porte sur : « l’articulation de l’ambition nationale à chaque territoire, en veillant à ce que les plus fragiles aient un meilleur soutien. On doit embarquer les établissements publics, les régions comme toutes les collectivités, mais aussi les entreprises classiques avec, par exemple, des mesures d’incitation et des formations pour les dirigeants aux problématiques de l’inclusion. » Un levier vient d’ailleurs d’être créé pour mieux consolider l’éco-système : le référentiel RSE ouvert sur l’inclusion de la Fédération des entreprises d’insertion. Son objectif : évaluer l’engagement et le niveau de maturité des entreprises qui voudront se « labeliser » inclusion. « Tout notre enjeu est d’amener les entreprises à aller plus loin dans le domaine et de partager plus largement notre vision de l’économie. Car si l’inclusion par l’emploi reste un sujet d’expert, cela ne deviendra jamais un sujet de société », précise Olivier Dupuis. Dans ce contexte, le modèle des joint-ventures sociales, mis en place par le groupe ID’EES ou le Groupe Ares, constitue une perspective d’ouverture intéressante. Grâce à des partenariats avec Vinci des salariés en emploi d’insertion construisent progressivement un parcours professionnel avant de rebondir vers un emploi durable. « Les employés en insertion constituent un vivier employable pour ces entreprises, précise Yazid Boudjedia. Ce modèle de joint-venture est essaimable. Cette dynamique peut donc libérer l’entrepreneuriat et l’envie de créer des nouveaux modèles inclusifs » Ainsi, si par le passé les emplois en insertion pouvaient susciter la méfiance, le Pacte devrait alors achever de banaliser leur intégration dans la sphère économique. « Il y a toujours besoin de convaincre le monde économique de faire appel à nous. Mais beaucoup d’entreprises sont déjà dans ce mouvement, notamment dans le cadre de leur politique RSE. L’insertion est un formidable moyen de s’engager », conclut Yazid Boudjedia.
  • Avec le Pacte d’ambition :100 000 emplois en insertion en plus et 40 000 emplois adaptés 1,3 milliard d’euros débloqués
  • 55 %de sorties positives pour les parcours d’insertion
  • 8 salariés en insertion sur 10déclarent que cet accompagnement leur permet de retrouver confiance et de se sentir utiles
  • 1 957ateliers et chantiers d’insertion (ACI)
  • 952entreprises d’insertion (EI)
  • 682associations intermédiaires (AI)
  • 268entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI)
  • 3 860entreprises et associations conventionnées par l’État mobilisées pour l’IAE
  • Ce qui représente136 000 salariés en insertion (2017)
Photo Sébastien Citerne

3 questions à Sebastien Citerne, directeur général de l’UNEA

Quels sont les objectifs des entreprises adaptées ? Tout d’abord être un acteur économique sur les territoires en développant de l’emploi majoritairement à destination des personnes en situation de handicap. Mais aussi, aujourd’hui, proposer de nouvelles approches d’expression et d’accompagnement professionnel des salariés. En quoi l’entrepreneuriat adapté résonne-t-il avec les valeurs de l’ESS ? Les entreprises adaptées s’inscrivent complètement dans les valeurs de l’ESS. Elles se destinent majoritairement à un public fragilisé et en marge de l’emploi. N’oublions pas que 19 % des personnes en situation de handicap sont au chômage, dont un très gros pourcentage de très longue durée. Nous avons donc, d’une part, une mission sociale dans le retour à l’emploi et, de l’autre, une visée entrepreneuriale. Car c’est par le biais de la création de valeur que nous pouvons réinsérer les personnes mais également faire vivre les structures. Quand on analyse les entreprises adaptées, 75% des leurs ressources sont issues de l’activité de commerce. Quels défis pour les entreprises adaptées dans les années à venir ? Leur rôle doit être plus important dans la lutte contre le chômage des personnes handicapées, avec une fonction de premier accès à l’emploi, notamment pour les jeunes en situation de handicap. Aujourd’hui l’EA est encore trop vue comme une solution de dernier employeur. Elle doit devenir une possibilité comme une autre de premier emploi. Nous avons également un enjeu de métier en proposant de nouvelles activités. Le secteur se tertiarise, il faut continuer à se diversifier, à innover, notamment pour mieux répondre aux attentes des jeunes en situation de handicap. + d'actus sur Walter #21