Savoir placer sa trésorerie
Public cible : Dirigeant d'association et de l'ESS
Si vous souhaitez placer votre trésorerie, vous devrez prendre en compte un certain nombre d’éléments. Voici une synthèse pour vous guider dans vos choix de placement.
La gestion de la trésorerie est un facteur clé de pérennité d’une association. Elle consiste à gérer efficacement les flux pour garantir la stabilité et la solvabilité de l’organisation. Une trésorerie bien maîtrisée permet non seulement de répondre aux besoins quotidiens de l’association, d’anticiper les imprévus, d’investir dans de nouvelles opportunités, mais aussi de diversifier ses produits en plaçant ses fonds lorsque la situation le permet.
Votre connaissance des placements
Le premier élément sur lequel vous devrez vous appuyer, c’est, tout simplement, votre niveau de connaissance des différentes familles de placements. Pour rappel, les placements peuvent être classés par familles, appelées « classes d’actifs ». Une classe d’actifs est une famille composée de plusieurs placements ayant des caractéristiques communes, comme le niveau de risque, l’espoir de rendement ou encore le degré de liquidité.
Classiquement, les familles d’actifs sont présentées de la manière suivante : les obligations (ou marché de la dette), les actions, l’immobilier (l’achat de son siège ou des locaux pour réaliser son activité peuvent être vus comme un placement), la monnaie.
Cette dernière correspond aux liquidités que vous avez placées à la banque. Elle se caractérise par deux éléments essentiels : la sécu- rité et la liquidité. L’argent placé peut être récupéré à tout moment, sans délai et sans aucun risque de perte en capital. On peut choisir de conserver son épargne sur des comptes courants ou des livrets, comme les livrets A, de développement durable et solidaire, ou encore les comptes à terme. Enfin, on peut citer une dernière famille d’actifs : les placements alternatifs. On trouvera dans cette dernière catégorie des univers plutôt réservés à des investisseurs avertis et qui s’intéressent au vin, à l’art, à la cryptomonnaie, mais aussi à l’or.
La connaissance des placements est un point clé avant de se lancer dans une telle démarche. N’hésitez pas à lire la presse spécialisée ou à discuter avec vos conseillers bancaires pour connaître les différents placements disponibles pour votre association.
Votre horizon de placement
Vous devrez, ensuite, évaluer votre horizon de placement. Il s’agit de la durée pendant laquelle vous prévoyez de conserver un placement. Cet horizon temporel est généralement déterminé en fonction de votre projet stratégique, de vos objectifs de rendement, de votre capacité de placement et de vos besoins en liquidités.
Pour cela, il vous faudra évaluer tous les éléments qui peuvent impacter votre capacité de placement, et donc votre trésorerie, à court terme (moins de douze mois), pour assurer les besoins liés à votre cycle d’exploitation, et à moyen terme (entre un et cinq ans), pour financer des projets spécifiques (mise en oeuvre de votre nouveau projet associatif, investissement dans votre système d’information, développement de nouvelles réponses sociales, etc.). Vous devrez également maîtriser votre stratégie de développement. Une association en forte croissance aura probablement un horizon de placement moins long car elle réinvestira ses résultats et utilisera sa trésorerie pour financer ses projets de développement.
En revanche, une association plus mature ou en phase de consolidation pourrait chercher à investir de manière plus sélective et avec des horizons plus longs.
Votre rapport au risque
Après la question de l’horizon de placement, vous devrez vous interroger sur le rapport au risque dans votre association. Rappelons une règle simple en matière de placement : plus le risque est élevé, plus le potentiel de gain et la perte éventuelle sont importants. Aussi, vous devez vous fixer un objectif de rendement financier de vos placements, cohérent avec votre rapport au risque. C’est une règle simple, mais qui n’est pas toujours bien comprise par les dirigeants associatifs !
Ainsi, si vous ne souhaitez faire prendre aucun risque à votre association, vous devrez opter pour des placements qui assurent cette sécurité, comme des livrets bancaires ou comptes à terme. Si, à l’inverse, vous vous sentez apte à prendre des risques car vous avez des compétences spécifiques, vous opterez davantage pour des placements plus dynamiques, comme les actions. Ce placement peut être effectivement très performant, mais il a l’énorme inconvénient d’avoir aussi la plus forte volatilité, avec des mouvements de hausse et de baisse des cours qui peuvent être violents. Dans tous les cas, il est conseillé de diversifier ses placements afin de diminuer le risque. Plus votre portefeuille est diversifié, plus le risque est réparti. On dit qu’il est « mutualisé ».
Votre analyse du contexte général
En dehors des incertitudes propres à votre association, vous devrez également prendre en compte les incertitudes qui peuvent impacter vos choix de placement. Notons, entre autres, l’inflation, la fiscalité et la conjoncture économique. L’inflation équivaut à un « intérêt négatif » qui impacte les revenus des placements.
Tel sera le cas, par exemple, si vous faites le choix d’un placement sur un livret A pour garder votre épargne liquide et que le livret est rémunéré à 3 % net d’impôts, mais que le niveau d’inflation est de 4,9 %. Des placements offrant un rendement net inférieur à 4,9 % vous font en réalité perdre du « pouvoir d’achat ».
La fiscalité change dans le temps et il n’est jamais assuré que le régime fiscal d’un placement demeure inchangé, ce qui génère automatiquement une incertitude quant au gain net réel du placement que vous avez choisi. La situation économique évolue également au fil du temps, dans un sens plus ou moins favorable aux différents types de placements. Par exemple, un retournement de marché peut entraîner une dépréciation des actions que vous avez dans votre portefeuille.
Vos convictions
Enfin , n’hésitez pas à placer votre trésorerie dans des produits cohérents avec vos convictions : on appelle cela des « thèmes d’investissement ». Ils peuvent être ciblés sur une thématique très précise (comme la digitalisation des entreprises), plus sociétale (dans l’investissement socialement responsable ou solidaire) ou plus écologique (exclusion des placements qui investissent dans les industries fossiles). Pour vous guider dans le méandre des placements, le plus simple est de vous appuyer sur les labels existants : il s’agit ni plus ni moins de certifications. Plusieurs labels existent. Notons, entre autres, le label « Investissement socialement responsable » (ISR), qui a été créé en 2015 par le ministère de l’Économie et des Finances et qui est attribué aux fonds investissant dans des entreprises aux pratiques responsables, ainsi que le label « Greenfin », qui a été créé par le ministère de l’Environnement en 2015 et qui est attribué aux fonds investissant dans l’économie verte et excluant les entreprises opérant dans le secteur nucléaire et les énergies fossiles. Notons également l’existence du label « Finansol » (v. encadré). Il s’agit du label de la finance solidaire, créé en 1997 pour distinguer les produits d’épargne solidaire des autres produits d’épargne auprès du grand public. Les produits d’épargne labellisés par Finansol permettent donc d’investir très largement dans le secteur associatif.
A lire : Supplément : La Croix, FAIR, « Baromètre de la finance solidaire », juin 2024
Conclusion
Les associations et entreprises solidaires disposent de plusieurs solutions pour placer leurs excédents de trésorerie. Ces solutions varient en fonction de leur stratégie financière, de leurs besoins de liquidités, de leurs convictions et de leur tolérance au risque. Pour donner du sens à l’épargne, il faut penser « solidaire ». Tout produit de placement a son pendant solidaire. Enfin, n’hésitez pas à vous faire accompagner dans cette démarche, surtout si vous manquez d’expérience.
Pour en savoir plus, vous pouvez vous reporter au site de FAIR, le collectif de la finance à impact social : finance-fair.org
L’autrice
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