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Yann Lotobé

Co-fondateur de La Cravate Solidaire

Association solidaire

France Active et Mirova Foundation sont des partenaires complémentaires : l’un apporte l’expertise terrain, l’autre la maturité financière.

La Cravate Solidaire : l’accompagnement de France Active pour développer un projet d’ampleur

Paris (75)
Association solidaire

Il y a quatorze ans, trois étudiants ont créé une association avec pour modeste ambition d’accompagner des personnes dans leur préparation aux entretiens, en leur offrant à la fois des conseils avisés et une tenue vestimentaire adaptée. Aujourd’hui, La Cravate Solidaire est devenue un réseau national présent sur 15 bassins d’emploi, fort de 2 500 bénévoles, 110 salariés, et accompagnant 15 000 personnes chaque année vers l’emploi. 

 

Rencontre avec Yann Lotodé, l’un des fondateurs pour nous raconter l’histoire de la Cravate Solidaire. 

Un activisme précoce 

C’est en arrivant sur la capitale pour leurs stages d’études que Yann, Jacques-Henri et Nicolas, tous trois venus de la banlieue proche, prennent conscience d’une réalité frappante : les inégalités sociales ne s’arrêtent pas aux portes des entretiens d’embauche. En découvrant les codes stricts du monde professionnel, ils réalisent que de nombreux candidats, notamment ceux issus de milieux modestes, sont exclus avant même d’avoir pu prouver leurs compétences. Les barrières ? Des attentes vestimentaires, un langage à maîtriser, des codes implicites qui, sans accompagnement, deviennent des obstacles insurmontables. 

« On avait grandi en banlieue, on savait que des gens se faisaient recaler en entretien parce qu’ils n’avaient pas les codes, explique Yann. On voulait agir. » 

 

C’est de ce constat qu’est née La Cravate Solidaire, avec une ambition initiale simple mais déterminée : accompagner une ou deux personnes par mois dans leur préparation aux entretiens, en leur offrant des conseils personnalisés et une tenue adaptée, grâce à des dons de vêtements professionnels. 

« Quand on a commencé on était des gamins de 20 ans, on avait un local dans un sous-sol de la Mission Locale, très peu de budget… Mais on avait un mental d’acier. » 

Un modèle en réseau, ancré dans les territoires 

Portée par une énergie militante et une approche pragmatique, l’association a rapidement trouvé sa place.  

Face à un succès rapide – avec jusqu’à 50 demandes de création d’antennes en seulement trois ans –, l’association a dû faire un choix stratégique : franchiser ou essaimer en réseau ? Elle a opté pour la seconde option, préservant ainsi son ADN local et bénévole. « On a décidé de créer une antenne par an pour garder une gouvernance de terrain, raconte Yann. Aujourd’hui, on vise 28 territoires en 15 ans. » Cette approche permet de maintenir une proximité avec les bénéficiaires, tout en garantissant une croissance maîtrisée. 

 

Les résultats parlent d’eux-mêmes : un taux de retour à l’emploi de 60 à 70 % pour les personnes accompagnées, 90 tonnes de vêtements collectés et redistribués chaque année, et 80 jeunes en Service Civique mobilisés pour renforcer l’impact local. Mais au-delà des chiffres, c’est surtout l’humain qui prime. « On n’a jamais eu autant besoin de nous sur le terrain, souligne Yann. Mais on n’a jamais eu autant de difficultés à se développer. » Entre les coupures budgétaires, les gels des Services Civiques et les défis économiques, l’association doit sans cesse innover pour maintenir son engagement. 

France Active, un partenaire de la première heure 

L’histoire de La Cravate Solidaire est indissociable de celle de France Active. Yann, alors en stage au sein de l’association France Active des Hauts-de-Seine, y a forgé les compétences qui lui ont permis de structurer l’association. « France Active m’a donné toutes les armes : analyse financière, modèle économique… C’est un truc de malade », se souvient-il avec enthousiasme. 

Le soutien de France Active s’est concrétisé de multiples façons. En 2014, une place de l’émergence a permis de financer la création de l’antenne lyonnaise, avec un salarié porteur de projet pendant un an. « C’était génial : ça nous a donné de la stabilité », explique Yann. Plus tard, des prêts solidaires et ont été accordés pour des projets clés, comme le projet mobile au Mans (30 000 € pour aller vers les bénéficiaires en zones rurales) ou l’installation de l’antenne de Lille dans de nouveaux locaux grâce à la garantie bancaire de France Active et un crédit auprès du Crédit Mutuel. 

 

Mais l’accompagnement ne s’est pas limité au financement. France Active a aussi proposé des formations (pérennisation du modèle économique à Rouen, analyse financière via Mirova Foundation) et des outils pratiques, comme le guide “Je pilote ma trésorerie”, largement utilisé par les équipes. « France Active et Mirova Foundation sont des partenaires complémentaires : l’un apporte l’expertise terrain, l’autre la maturité financière », résume Yann. 

Innover pour toucher toujours plus de personnes 

Pour atteindre son objectif de couverture nationale, La Cravate Solidaire a développé deux leviers majeurs. D’abord, les “Aller Vers”, des camions-ateliers qui permettent d’intervenir directement dans les quartiers prioritaires ou les zones rurales, là où les bénéficiaires ne peuvent pas se déplacer. « La mobilité est un enjeu majeur pour nos bénéficiaires », explique Yann. 

 

Ensuite, le programme en ligne “Coups de Pouce à la Maison”, un accompagnement à distance (labellisé par le Collectif Mentorat) pour les territoires où une antenne physique n’est pas viable. « On veut que chaque personne en France puisse bénéficier de nos services », précise-t-il. 

L’association ne se contente pas d’agir en faveur des candidats, elle travaille aussi à changer le regard des recruteurs. Grâce à des formations en entreprise (20 intra et 1 inter par an) sur le recrutement inclusif, co-construites avec ses bénévoles RH, elle génère un chiffre d’affaires de 30 000 €, réinvesti dans son cœur de métier. « Qui mieux que nous, qui sommes sur le terrain, peut former les recruteurs à l’inclusion ? », interroge Yann. 

Un conseil aux entrepreneurs sociaux ? 

Interrogé sur ce qu’il aurait aimé savoir au début de son aventure, Yann sourit : « Ne bosse jamais dans l’associatif ! » dit-il en rigolant. « Non, plus sérieusement : mets ta ceinture, ça va être chaud. Et fais ton stage chez France Active ! » Derrière cette blague se cache une réalité : l’engagement associatif demande de la résilience, mais il offre aussi des satisfactions immenses. 

 

Pour Yann, le moment le plus gratifiant reste sans doute celui où La Cravate Solidaire a été lauréate de La France s’engage en 2015, alors que l’association n’avait que trois ans. « On était des gamins mais on travaillait déjà comme des fous. Ce prix a été un vrai marqueur de confiance. » 

Et demain ? 

Les défis sont nombreux, mais l’association voit grand. « On veut devenir les experts du “dernier kilomètre” dans l’insertion professionnelle, explique Yann. Cela signifie former des bénévoles ultra-spécialisés par secteur d’activité, répondre à toutes les demandes d’urgence, et bien fonctionner avec toutes les associations d’insertion qui nous font des prescriptions. » 

 

Pour y parvenir, La Cravate Solidaire compte poursuivre son essaimage maîtrisé, développer ses solutions mobiles et digitales, et renforcer son plaidoyer pour un écosystème plus favorable aux associations. 

A bénéficié du

Avec

une garantie de

58 000€

une prime de

16 000€

des investissements de

220 000 €

A été accompagné par

France Active Paris

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