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Margot Linard

Responsable de l’administration de l’association Simone

Tiers lieu associatif

C’est un projet très hybride, les banques classiques ou les financeurs classiques de la culture ne comprenaient pas ce qu’on faisait et n’avait pas forcément confiance. France Active a tout de suite compris la dimension ESS et nous a aidés à structurer notre modèle économique.

Quand un tiers lieu artistique ramène la convivialité dans un territoire rural

Châteauvillain, 52120
Tiers lieu associatif

À Châteauvillain, en Haute-Marne, une ancienne friche industrielle s’est métamorphosée en un tiers-lieu artistique et solidaire et redonne vie à un village qui avait perdu presque tous ses commercesLe projet Simone montre qu’avec persévérance et humilité, on peut réinventer le quotidien d’un territoire rural. 

D’une friche de stockage au tiers-lieu hybride 

À l’origine du projet se trouve Anne-Laure Lemaire, comédienne, metteuse en scène et aujourd’hui directrice artistique de la structure. Alors qu’elle cherche un endroit pour stocker les décors de sa compagnie, elle pousse les portes de l’ancien site industriel de fabrication de bottes « Le Chameau », en cours de rachat par la Communauté de communes. Face au potentiel de cette friche en sursis, une évidence s’impose : l’endroit est bien trop précieux pour n’être qu’un simple lieu de stockage. Elle voulait également revaloriser ce site qui a longtemps été le cœur économique du secteur et qui avait une valeur sentimentale pour les locaux, un lieu où tout le monde y connaissait quelqu’un qui y avait travaillé.  

 

Le projet se structure alors sur « deux jambes ». D’un côté, la compagnie artistique propose des cours de théâtre et investit les lieux pour des répétitions, comblant ainsi le manque criant d’espaces de travail pour les artistes. De l’autre, les habitants et bénévoles se regroupent au sein de l’association Les Amis de Simone pour redonner de la convivialité au site. Face aux besoins concrets du territoire, ils ouvrent un café associatif, créent un vide-dressing (« La fripe de Coco Chamelle ») et lancent un marché de producteurs locaux complété par un dépôt d’épicerie.  

 

En 2020, constatant que ces deux dynamiques se nourrissent mutuellement, la compagnie et l’association fusionnent administrativement pour donner naissance à une entité unique : l’association Simone.

La zone économique et artistique : un pari politique réussi 

Ce développement n’aurait pas été possible sans le soutien de la Communauté de communes. Entre 2018 et 2019, la collectivité engage d’importants travaux de réhabilitation et de mise aux normes.  

 

Aujourd’hui, le site est devenu une ZAEA (Zone d’Activité Économique, Artistique et Artisanale) unique en son genre. Le lieu regroupe les ouvriers de la Communauté de communes, des artistes, mais aussi des artisans locaux. Le cœur du tiers-lieu se situe au sein de « Simone Bleu », le bâtiment central qui abrite le café associatif, tandis qu’un appartement à l’étage et une salle dédiée sont configurés pour accueillir des artistes en résidence tout au long de l’année. 

Un mantra : relier l’art et le quotidien 

 « Relier l’art et le quotidien en milieu rural », tel est le mantra qui guide l’équipe de Simone, passée de deux salariées à mi-temps en 2020 à six salariés aujourd’hui. Le projet se déploie autour de trois axes majeurs :  

 

L’accueil d’artistes en résidence et la pratique artistique : Simone offre un premier soutien précieux à des compagnies aux projets atypiques ou hybrides. Des ateliers de théâtre, de dessin, de sculpture ou de musique y sont proposés pour tous les âges.  

 

Le service aux habitants : En plus du café et des marchés, le lieu s’adapte aux demandes, accueillant aussi bien des cours d’anglais qu’un club de tricot ou un point relais de paniers de légumes.  

 

Le lien social et l’expérimentation : Simone collabore avec les structures locales en servant par exemple de relais pour les Restos du Cœur ou pour des plateformes de répit.  

 

En 2022, le tiers-lieu a franchi un nouveau cap avec l’ouverture d’une cantine associative. Ouverte du lundi au vendredi midi, elle propose une cuisine saine, de saison, abordable, comblant un réel manque de restauration dans la commune. 

L’accompagnement de France Active et le défi du modèle hybride 

À ses débuts, l’hybridité de Simone a dérouté les financeurs traditionnels de la culture, peu habitués à voir des projets artistiques s’entremêler avec un café associatif ou de l’économie circulaire.  

 

C’est là que France Active a joué un rôle déterminant. Dès les origines, la structure a aidé Anne-Laure Lemaire à décortiquer son projet sous le prisme de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). France Active et les partenaires bancaires ont apporté des solutions de trésorerie cruciales pour constituer un fonds de roulement, permettant de verser les premiers salaires en attendant le déblocage des subventions publiques. Ce partenariat, qui s’inscrit dans la durée, a permis de légitimer le droit à l’expérimentation et d’accepter le temps long nécessaire à l’infusion d’un tel projet sur son territoire.  

Prendre le temps de convaincre plutôt qu’imposer 

L’accueil des habitants s’est fait progressivement. L’équipe de Simone a choisi d’avancer pas à pas, sans démarche frontale. Voir des artistes travailler sur une création en cours, plutôt que de consommer un produit culturel fini, a permis de démystifier le travail artistique. Le fait qu’Anne-Laure Lemaire soit originaire de la région a également grandement facilité l’intégration locale. Aujourd’hui, même si certains habitants restent discrets, la fierté de voir ce lieu vivre et compenser la fermeture des commerces du centre-ville est bien réelle.  

 

Le bilan après dix ans ? Un défi permanent pour rester en mouvement. L’association s’appuie sur une communauté solide de 47 bénévoles actifs et un réseau étendu de « soucieux » — des personnes parfois éloignées géographiquement mais attachées à la vie du lieu.  

 

Pour Margot Linard, coordinatrice du lieu, l’enjeu principal est de préserver cette organicité sans jamais figer les choses : « Ce serait beaucoup plus simple de figer les choses une fois pour toutes, mais c’est un vrai exercice d’adaptation, de flexibilité, qui nécessite une écoute immense. ». Un pari quotidien, largement réussi, qui continue d’écrire l’avenir de Châteauvillain.

A bénéficié du

une prime de

5 000€

un investissement de

35 000€

A été accompagné par

France Active Champagne Ardenne

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