

À 37 ans, l’océanographe côtier devenue marin-coopératrice, Laura Troudet, cofonde et dirige Skravik, une coopérative maritime basée dans la rade de Brest. Née en 2017 comme association et devenue SCIC en 2024, la structure exploite des voiliers de travail pour réinventer la pêche artisanale et la recherche en mer, dans une logique de sobriété et d’utilité publique.
Parcours de l’entrepreneure engagée
Après une première carrière dans la recherche scientifique, à travailler sur le littoral breton au CNRS et à l’Ifremer, Laura Troudet ressent le besoin de s’engager dans un projet plus incarné. Elle choisit alors la voie de l’entrepreneuriat collectif, en cofondant Skravik avec l’ambition de transformer concrètement les pratiques maritimes. À travers cette reconversion, elle met ses compétences d’océanographe au service d’un projet où se rejoignent transition écologique, innovation sociale et attachement à un territoire très marqué par les métiers de la mer.
Une coopérative maritime d’utilité publique
Installée à Plougastel-Daoulas, dans la rade de Brest, Skravik se définit comme une entreprise privée d’utilité publique, ancrée localement et pleinement inscrite dans les traditions maritimes bretonnes. Tous les salariés sont marins, ce qui renforce la cohérence du projet et la légitimité de la coopérative vis-à-vis des acteurs de la filière. Le passage en Scic en 2024 permet d’associer au capital différentes parties prenantes – marins, partenaires expérimentaux, soutiens du territoire – et de structurer une gouvernance plus ouverte, à l’image du projet porté depuis l’origine.
Des voiliers de travail pour la pêche et la science
Skravik exploite aujourd’hui deux voiliers de travail, conçus pour naviguer en Bretagne, de la rade de Brest à la mer d’Iroise, et au-delà et répondre à des besoins variés. Le voilier SKRAVIK opère une activité de pêche côtière artisanale, à faible impact, avec des ventes en circuits courts. La coopérative opère également des missions scientifiques, à bord du voilier MORSKOUL, de courte ou longue durée, pour la recherche océanographique, l’équipage prenant en charge la logistique comme l’appui technique aux chercheurs. Ce positionnement hybride permet de concilier ancrage dans la filière pêche et contribution directe à la connaissance du milieu marin.
Une transition maritime sobre, au-delà de la technologie
La coopérative porte une vision exigeante de la décarbonation du secteur maritime, qui ne se limite pas à remplacer un moteur par un autre. Pour Skravik, la transition passe d’abord par la réduction de la place du moteur, la priorité donnée à la voile, et la revalorisation des métiers marins. Cette approche questionne en profondeur l’organisation du travail en mer, les rythmes de sortie, les distances parcourues et les modèles économiques associés. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large en faveur de pratiques maritimes sobres, capables de préserver les ressources halieutiques comme la résilience des territoires littoraux.
“Science légère” à la voile : un nouveau référentiel
En parallèle de la pêche, Skravik développe un référentiel de “science légère” à la voile, adapté à des campagnes embarquées plus sobres en énergie et en moyens matériels. Ce cadre méthodologique, élaboré avec les équipes de la coopérative, est désormais reconnu par la Flotte océanographique française opérée par l’Ifremer. En 2024, cette reconnaissance se concrétise à travers le lancement d’Avel Lab, un partenariat structurant qui positionne Skravik comme laboratoire grandeur nature de nouvelles pratiques de recherche en mer.
Un modèle économique mixte et résilient
Le modèle économique de Skravik repose sur plusieurs piliers complémentaires : les prestations scientifiques réalisées pour des laboratoires et institutions, les revenus de la pêche côtière en vente directe, et l’appui d’acteurs de l’Economie sociale et solidaire. Ce mix d’activités permet de lisser les aléas liés tant aux marchés des produits de la mer qu’au calendrier des campagnes scientifiques. Il offre aussi à la coopérative la capacité d’investir, de se professionnaliser et de consolider des emplois de marins dans la durée.
Le rôle de France Active
« Dès les premières phases d’amorçage, Skravik bénéficie de l’accompagnement et des financements de France Active, qui permettent de sécuriser le lancement de notre projet. Ce soutien est déterminant pour franchir plusieurs étapes structurantes, notamment l’acquisition d’un deuxième navire, indispensable au développement de la flotte.», précise Laure Troudet. France Active accompagne également la transformation de la structure en coopérative, en apportant une expertise sur les montages financiers et en facilitant le dialogue avec les partenaires de l’ESS et du territoire.
Former la nouvelle génération de marins
Au-delà de ses activités de pêche et d’appui à la recherche, Skravik se donne une mission de transmission forte : contribuer à former les marins de demain, en les plongeant dans un environnement coopératif où l’autonomie technique va de pair avec les valeurs collectives. À bord, l’apprentissage se fait au plus près du réel, entre manœuvres à la voile, compréhension fine des écosystèmes marins et partage d’une culture du travail en équipage. Cette dimension pédagogique vise à susciter des vocations et à montrer qu’un autre rapport au travail maritime est possible.
Des victoires collectives et une vision d’essaimage
Parmi ses fiertés, Laura Troudet cite notamment le partenariat Avel Lab, remporté après plusieurs années de démarches et d’obstacles administratifs, qui consacre la légitimité du projet auprès des acteurs de la recherche. Elle met également en avant la vitalité de la communauté coopérative, composée de profils variés rassemblés autour d’une même exigence écologique et sociale. Pour la suite, la vision de Skravik n’est pas de grossir à tout prix, mais d’essaimer : accompagner d’autres territoires vers des flottes de travail à la voile sobres et résilientes, plutôt que devenir une “multinationale verte”.
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