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DATE DE PUBLICATION 05/05/2026

De l’Europe aux Régions : une coopération active en faveur de la cohésion des territoires

A l’occasion de la Journée de l’Europe, France Active est allée à la rencontre d’Isabelle Boudineau, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine et présidente de la délégation française au Comité Européen des Régions (CdR). Cet échange démontre combien la place de l’Europe est essentielle dans le développement économique des Régions. Quant au rôle de ce Comité, il a pris une place déterminante dans la construction des politiques publiques en devenant une interface de dialogue et de concertation entre les Régions et les différentes institutions européennes.

Depuis 2014, les Régions gèrent la très grande majorité des fonds structurels européens. Nous arrivons bientôt au terme de la 2ème programmation qui voit les Régions agir en tant qu’autorités de gestion. Quels enseignements tirez-vous de ces deux exercices de programmation ?

Les Régions et l’Europe forment un tandem opérant au bénéfice de la cohésion des territoires et de la cohésion sociale. C’est le résultat d’une action politique menée par Alain Rousset, alors président de l’association Régions de France, qui a obtenu de François Hollande le fait de confier directement aux Régions la majeure partie de la gestion des fonds européens. C’est bel et bien un acte de décentralisation qui ne porte pas son nom et c’est un véritable outil de développement des politiques régionales. C’est parfaitement logique puisqu’il existe une convergence totale entre les stratégies européennes et les compétences des Régions, en particulier sur le développement économique au sens large : la compétitivité, la recherche, l’innovation, l’emploi et la formation professionnelle.

Comment se traduit concrètement le soutien de l’Europe pour la Région Nouvelle-Aquitaine ?

Sur notre Région, la politique de cohésion de l’Union européenne contribue à hauteur de 875 millions d’euros pour la programmation 2021-2027 (FEDER et FSE+). Nous allouons plus de 300 millions aux sujets de compétitivité et d’innovation. Concernant la transition énergétique et écologique, c’est plus de 40% de l’enveloppe FEDER, soit 250 millions, alors que l’Europe nous impose seulement 30% sur ce budget. Nous sommes ici en cohérence avec le Green Deal européen, une décision politique propre à notre région. Autre singularité de notre approche régionale, celle de confier aux acteurs locaux 124 millions d’euros de FEDER pour qu’ils puissent agir en grande proximité avec les habitants. Ces derniers s’organisent en Groupes d’Action Locale et signent avec la Région un contrat de développement territorial. Nous mobilisons ici 17% de FEDER additionnés au programme Leader (fonds dédiés aux territoires ruraux), soit un total de 193 millions d’euros d’effet levier sur les territoires.

Comment se traduit la politique européenne en matière de soutien aux acteurs de l’ESS ?

Nous sommes assez fiers de la façon dont nous mobilisons le FSE pour l’Economie sociale et solidaire, à l’image de notre dispositif AMPLI (Appui à l’Amorçage de Micro-Projets Locaux et Innovants). Toute action de la Région sur l’ESS est co-financée par le FSE. Nous sommes sur une enveloppe globale de 23 millions d’euros pour environ 260 projets soutenus à ce jour. Elle concerne pour partie l’appui aux réseaux d’accompagnement de l’ESS, qui eux-mêmes soutiennent et structurent l’écosystème. Nous finançons aussi des coopératives d’activités d’emploi et des incubateurs. Nous contribuons plus largement à la professionnalisation des acteurs. A noter également, que nous apportons aux acteurs économiques de la Région une aide à l’instruction des dossiers de demande de crédits européens auprès de la Commission.

Vous êtes présidente de la délégation française au Comité européen de Régions depuis un an et demi. Quel rôle joue-t-il dans le développement des politiques européennes ?

Avant de prendre en charge en 2016 les questions européennes au sein de la Région, je ne connaissais pas le rôle de ce comité, une instance qui est montée en compétence et en importance dans le jeu de la politique européenne. Elle a pris du poids, notamment face à la montée de l’euroscepticisme : pour la Commission européenne, c’est le moyen d’avoir des capteurs au niveau local pour apprécier la faisabilité de leurs propositions. Maintenant les commissaires viennent tous présenter les grandes politiques et sonder la vision des Régions. Bien que consultatif, le comité des Régions s’articule pleinement avec les travaux du Parlement. Nos avis se calent sur le calendrier des textes présentés au Parlement pour que la voix des Régions puisse être présente dans les débats. Les parlementaires ont d’ailleurs bien compris l’intérêt qu’ils pouvaient avoir à nous consulter et à utiliser nos exemples. Nous jouons un rôle de vigie, d’évaluateur et d’inspirateur des politiques européennes.

Et pour la programmation 2028 – 2034, quelles sont les premières orientations qui se dessinent ?

En juillet dernier, la présidente de la Commission annonçait le regroupement en un seul pilier de deux politiques majeures pour l’Europe, celle en faveur de la cohésion et la politique agricole commune. Autant dire qu’il y aura, notamment en France, de réelles concurrences au sein de ce nouveau pilier et que la politique de cohésion devienne la variable d’ajustement de la nouvelle programmation.


Autre interrogation, celle de la gouvernance des fonds européens, notamment du maintien des Régions en tant qu’autorités de gestion avec une capacité propre d’élaboration de programmes régionaux orientés vers des priorités qu’elles considèrent utiles à leur territoire. Nous y voyons le risque que les aides soient orientées vers les grandes entreprises au détriment des PME/TPE et des structures qui en ont le plus besoin. Nos PME ne sont pas dans le radar de l’Etat et pourtant ce sont elles qui créent de l’emploi.


Concernant l’ESS, nous avons aussi des inquiétudes. En effet, si un fléchage de 14% pour le social est prévu, la place de l’ESS n’y est pas claire. Des questions se posent : l’économie sociale continuera-t-elle à être couverte par le FSE+ ? Ou en partie par le FEDER ? ou dans un deuxième pilier lié à la compétitivité, ou ce nouvel instrument (Facilité) géré directement par la Commission européenne ?
Ces interrogations rendent difficiles la préparation de cette nouvelle programmation. A date, nous n’avons pas la possibilité de mobiliser les acteurs régionaux pour construire la nouvelle feuille de route pour 2034 au regard des incertitudes qui pèsent, autant sur la fixation des budgets que sur la gouvernance.

Isabelle Boudineau – Conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine déléguée à l’Europe
Urbaniste, Isabelle Boudineau a travaillé au sein de la CPAU (Conférence Permanente sur l’Aménagement et l’Urbanisme) et de l’Agence d’Urbanisme de Bordeaux Métropole. Elle s’est aussi investie à la Communauté Urbaine de Bordeaux aux côtés d’Alain Rousset dans les années 2000.
En 2010, elle est élue à la Région Aquitaine et nommée Vice-Présidente en charge des Finances. Réélue en 2015 pour la Région Nouvelle-Aquitaine, elle devient Vice-Présidente en charge de l’Europe et de l’International. Depuis lors, elle siège au Comité européen des Régions, et y préside la délégation française depuis 2025.

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